Éducation et pédagogie sous le prisme du biologique 8/10

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6 - Postures d’enseignant / formateur et comportement biologique 2/2

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Interaction biologique appreneur / apprenant

Chacun de ces états de l’appreneur et des postures qui en découlent va obligatoirement avoir un effet sur les apprenants. Une situation d’apprentissage entre un appreneur et un apprenant (ou des apprenants), quel qu’il soit, c’est une situation interrelationnelle. Et dans cette relation, n’y a-t-il pas obligatoirement réaction et contre-réaction les uns vis-à-vis des autres ? Aussi bien entre l’appreneur et le(s) apprenant(s) qu’entre apprenants entre eux (quand ils sont plusieurs). Ces réactions qui, à notre niveau de conscience, se lisent principalement en comportements sociaux et psychologiques, ne répondent-elles pas à des tensions biologiques sous-jacentes ? Et ces interactions ne viennent-elles pas agir sur les recherches d’appétences des apprenants et donc sur leurs possibilités d’apprentissages ?

Cette description d’une exploration stratégique des fonctions finalisées est valable pour toutes les excitations endogènes que nous vivons, et cela à tout moment. En permanence, nous sommes simultanément sujets à de nombreuses excitations endogènes qui restent généralement verrouiller. Ces dernières sont régulièrement déverrouillées de manière séquentielle en fonction d’informations sensorielles et de notre état interne. Ainsi, l’animal-homme est un animal initialement arboricole pour qui, comme beaucoup d’animaux, se déplacer est une activité vitale. Le mouvement nerveux de la jambe de certains humains en position assise peut être une réponse motrice à l’excitation endogène de cette activité qui s’est déverrouillée alors qu’on est resté assis et inactif trop longtemps.

Tout au long d’un processus d’apprentissage, quelle que soit sa longueur, chaque individu (apprenants et appreneurs) vit différentes excitations endogènes qui mettent en tension des fonctions finalisées et qui appellent une recherche de comportements d’appétence. Le descriptif proposé plus haut est ce qui se passe à chaque fois et pour chaque individu, les apprenants comme les appreneurs. Ainsi, dans l’interrelation de tout moment d’apprentissage, les fonctions finalisées en tension ainsi que les recherches d’appétence interagissent les unes avec les autres, venant sans doute complexifier les possibilités d’apprentissage.

 On peut percevoir ici que l’état biologique de l’appreneur peut avoir un impact sur les apprenants. Mais allons donc un peu plus loin.

Les fonctions finalisées, des réalités indispensables à tout apprentissage

  • Je pense que la majorité des formateurs et des enseignants seront d’accord avec moi pour affirmer que « sécuriser » l’environnement d’apprentissage des apprenants est essentiel et que cela favorise l’apprentissage. C’est-à-dire faire en sorte d’être, en tant qu’appreneur, le garant de la sécurité de l’apprenant, vis-à-vis de soi-même d’abord, mais aussi des autres apprenants. Cela correspond à la tension la plus forte des fonctions finalisées en champ tendu, la sauvegarde. Est-ce un hasard ? J’en doute. Même si le hasard existe dans la vie et dans la nature, nos fonctionnements sont très rarement le fruit du hasard.
  • Photos-articles 3543Par ailleurs, il a souvent été écrit tout comme j’ai souvent entendu que l’éducation (au sens large) se faisait avant tout dans la relation avec l’autre. Ce que j’ai aussi pu vérifier dans ma pratique. La relation qui est la fonction finalisée en champ tendu venant juste après la sauvegarde. Et peut-on réellement entrer en relation lorsque l’on est insécurisé ? Bien évidemment que non ! Les réactions agressives ou très passives (pour ne pas dire « esquivantes ») sont deux formes de réponses à l’insécurité intérieure. Et tous deux ne favorisent pas l’apprentissage. Qui ne l’a pas expérimenté un jour, directement ou indirectement ! La relation, essentielle pour l’apprentissage à condition qu’il n’y ait pas d’insécurité, serait-ce un hasard ? J’ai là encore un doute, bien que comme d’habitude, je peux me tromper.
  • Dans un processus d’apprentissage, les poses ne sont-elles pas nécessaires pour ne pas dire indispensables ? Lorsque des interventions durent plus d’une heure trente, quel appreneur n’a pas vu les apprenants commencer à être fébriles au bout d’un certain temps, signe qu’une pose s’avère nécessaire ? Et quel apprenant qui s’est retrouvé dans cette situation ne l’a-t-il pas vécu un jour ? Que se passe-t-il généralement durant ces pauses ? Un réflexe est souvent d’aller boire ou manger quelque chose, ainsi que de se déplacer autre part (un autre « habitat » histoire de changer d’air un court instant). Ne retrouve-t-on pas là les fonctions de la troisième fonction finalisée du champ tendu, qui vient après la relation, la subsistance ? Ces moments de poses sont indispensables, notre corps les réclame. Or, savez-vous que les recherches en neurologie sur la mémoire ont montré que le renforcement des éléments appris se faisait en partie durant nos moments d’inactivité ? Des moments dans lesquels on retrouve ceux où l’on consomme de la nourriture. Durant ces derniers, en quelques secondes voire millisecondes, les neurones activés durant l’apprentissage se réactivent soit dans le même ordre que la séquence réelle, soit dans l’ordre inverse. Y aurait-il donc une capacité limite d’information « enregistrable » sans moment de renforcement ? Est-ce que ce ne serait pas ce que viendrait dire cet « appel à pose » que nos corps peuvent réclamer ? Cela ne viendrait-il pas non plus interroger l’impact du peu de temps qui existe entre chaque cours de nos programmes scolaires ? Ces programmes dans lesquels, souvent, il y a très peu de temps d’un cours à l’autre, quand il y en a. Là encore, y aurait-il du hasard ? J’en doute encore une fois.
  • Quand à la récupération, la dernière fonction finalisée du champ tendu qui vient après la fonction subsistance, que pourrait-on en dire par rapport au processus d’apprentissage ? Certes, on ne peut réellement l’intégrer dans un dispositif d’apprentissage que l’on met en place. Seulement, trop d’apprentissage intensif ne donne-t-il pas envie de dormir, ne nous fatigue-t-il pas ? Jusqu’à ce que je me plonge dans ce que dit la neurologie de la mémoire, je pensais que c’était dû à l’effort. La mémoire est un élément essentiel de tout apprentissage étant donné que tout ce qui est appris ne peut être rappelé que si on l’a mémorisé, quel que soit le type d’apprentissage, qu’il soit sensori-moteur, intellectuel ou autre. Et, pour faire vite, la mémorisation s’installe de manière profonde grâce à des moments de renforcement[1]. Or, d’après les recherches en neurologie, le principal moment de renforcement se situe durant le sommeil. Dormir fait donc partie des processus d’apprentissage sans que nous en ayons réellement conscience. La fonction finalisée récupération participe donc aussi aux processus d’apprentissage.

  Quel « paradoxe complexe » !

N’est-ce pas intriguant et interrogeant de voire que :

  • Pour apprendre, nous devons faire preuve d’appétence. Une appétence durant la recherche de laquelle la mémorisation se fera car c’est là que le nouveau apparaît. Un rat qui cherche son chemin dans un laboratoire pour trouver la nourriture qui se trouve au bout va devoir faire preuve d’appétence pour répondre aux tensions déclenchées par l’appel de nourriture. Et c’est durant celle-ci qu’il mémorisera le chemin qu’il aura parcouru.
  • Mais nos appétences, lorsque l’on est en champ tendu, répondent à des tensions dans lesquels nous sommes et qui parfois (principalement pour les humains) n’ont rien à voir avec l’apprentissage en cours, que l’on soit apprenant ou appreneur.
  • Que nos fonctions finalisées en tension et nos recherches d’appétence interagissent les unes avec les autres.
  • Alors que chaque fonction finalisée à son rôle et sa place dans un processus d’apprentissage et que ce pourrait être bénéfique de savoir en tenir compte dans les dispositifs et programmes pédagogiques qui sont mis en place.

C’est je trouve ce que j’appellerai un réel « paradoxe complexe ». 

Alors, que tirer de tout ça par rapport à notre réalité actuelle, à nos fonctionnements personnels et sociétaux ?

 

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[1] Entre autre, il existe des mémorisations qui perdurent après renforcement, d’autres qui doivent être renforcées après chaque rappel pour ne pas être oubliées, d’autres encore qui ne restent pas, qui ne peuvent être renforcées.

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