L’économie du bonheur !!!

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J’ai découvert « l’économie du bonheur » il y a quelque temps au travers de l’ouvrage de Lucie Davoine, « Economie du bonheur » , qui présente une synthèse de l’état de la recherche de ce champ. 

Cet ouvrage est en soi intéressant par 3 points que j’ai relevés.

Le premier ce sont les statistiques qu’il présente et qui permettent de faire tomber certaines idées reçues. Vous en trouverez quelques unes à la fi du post. 

Le deuxième est les analyses et interprétations différentes, voire parfois contradictoires des études existantes. Des analyses qui soulèvent une interrogation : peut-on généraliser, comme certains essaient de le faire le rapport à la satisfaction des individus ? Sans doute y a-t-il des constantes que l’on retrouve auprès de populations des villes et des pays  industrialisées, mais, au-delà des satisfactions liées à l’assouvissement des besoins de base qui sont communs à tous les êtes humains, sont-elles toujours valables avec les Mongoles vivant dans les steppes, avec les Indiens vivant dans la forêt amazonienne, avec des populations à fortes traditions religieuses, etc. Je me le demande, et cette synthèse ne m’a pas permis de me faire une réelle idée là-dessus. 

Le troisième point qui est, je trouve, le plus intéressant, c’est par ce qui n’apparaît pas dans le texte : une définition de ce qu’est le bonheur. N’est-ce pas intéressant qu’à aucun moment de cet ouvrage cela ne soit abordé, comme si la question ne se posait pas et que c’était une évidence. Il n’y a que dans le dernier chapitre qu’une question s’en rapprochant est posée par l’auteur : « Les sondages d’opinion ne sauraient remplacer un débat citoyen éclairé (…). La définition du bien-être et du progrès doit faire l’objet d’un débat public, et ne peut être laissée entre les mains d’experts ou d’administrations dont le rôle est plutôt de collecter les informations disponibles » (p. 103). Mais notez de quelle définition Lucie Davoine parle : celle du « bien-être ». Pourquoi devoir réfléchir à une définition du bien-être dans un champ qui parle du bonheur ? Pourquoi ne pas réfléchir sur une définition du bonheur ? Il me semble que cela résume toute l’ambiguïté de ce champ de recherche. 

En effet, durant tout le texte, il est parfois question de satisfaction (notamment dans certaines des études statistiques), parfois de bien-être et parfois de bonheur, comme si tout cela parlait de la même chose. Or, bien-être et bonheur ne sont-ils pas deux choses différentes ? Le bien-être n’est-ce pas se sentir bien physiquement, une satisfaction qui rejaillit sur le mental ? Et le bonheur n’irait-il pas au-delà du bien-être ? Ne serait-ce pas plus large ? 

« (…) Ce qui, dans l'usage, distingue surtout bonheur de ses synonymes, c'est la fréquence de l'emploi que l'on en fait : il peut servir à définir les autres mots de cette famille (…) Le plaisir est le bonheur d'un instant, un élément du bonheur (…) le bien-être est le bonheur physique, sorte de bonheur qu'on goûte (…) sans avoir besoin de posséder ou de développer la sensibilité morale (…) La béatitude (…) est le bonheur destiné dans une autre vie à ceux qui auront pratiqué la vertu dans celle-ci (…) La prospérité est le bonheur objectif ou extérieur (…) la félicité est le bonheur subjectif (…) le contentement de l'âme. » (Lafaye, Dict. des synonymes, Bonheur, chance, cité dans le Grand Robert). 

On peut comprendre à la lecture de ce qui précède qu’il n’y ait pas de définition du bonheur de proposer dans le texte et que la seule définition à laquelle on nous invite soit celle du bien-être. Cela ne résume-t-il pas la difficulté que peut représenter un tel champ de recherche. Chaque étude ne risque-t-elle pas d’être influencée par la compréhension du « bonheur » qu’en aura son ou ses auteurs ? D’ailleurs, la notion de bien-être et de bonheur peut-elle être la même en fonction des cultures et des conditions de vie ? Dans l’une des statistiques, les relations sexuelles participent au bonheur des individus. Mais peut-on le généraliser lorsque l’on sait qu’il existe des cultures pour lesquels, en raison des conditions de vie et de l’évolution des peuples, l’acte sexuel ne relève pas du plaisir, comme notamment dans certaines contrées d’Asie ? 

Ce champ, « l’économie du bonheur », invite alors à une autre interrogation. Quelle en est donc sa finalité ? Ce que, indirectement, Lucie Davoine interroge aussi en critiquant les visées utilitaristes que certains pourrait avoir. 

Réfléchir sur le bien-être des individus, leur bonheur et ce qui les rend heureux au travers des différents champs des Sciences Humaines (psychologie, psychanalyse, philosophie, économie, anthropologie et autres), est une démarche qui ne peut être rejetée. Mais à la condition que ce soit pour le développement des individus, pour leur réalisation en tant qu’individus. Si c’est pour qu’ils se sentent suffisamment bien pour travailler plus et consommer plus, c’est franchement discutable. Certains pourront me rétorquer « mais quel mal à cela si ça rend les gens heureux ? ». Et ils n’auraient pas tord. Mais sera-ce un vrai bonheur ou un ersatz de bonheur artificiel alimenté par le système ? Parce que si c’est le cas, le risque ne serait-il pas que nous sachions de moins en moins trouver bien-être et bonheur par nous-mêmes ? Cela ne risquerait-il pas d’être comme les GPS ? A force d’utiliser des GPS, combien de personnes ne font plus attention à où ils se trouvent réellement en voiture, se laissant guider ? Et combien y en a-t-il qui ont perdu l’habitude d’utiliser une carte ? Si leur GPS tombe en panne soudainement alors qu’ils sont sur la route en dehors d’une zone qu’ils connaissent, ne se sentent-ils pas soudainement perdus ? Alors, si nous alimentons artifiellement bien-être et bonheur au point qu’un certain nombre d’individus ne sachent plus les trouver par eux-mêmes, que se passera-t-il si, suite à une crise grave, l’alimentation artificielle se tarit ? Quel sera l’impact de la chute que cela provoquera ? Combien de dépressions cela fera-t-il naître ?  Quels pourrait alors en être les conséquences pour la société toute entière ? 

Dans une visée utilitariste, ce champ de recherche me semble représenter un réel danger pour les êtres humains. Par contre, n’est-il pas réellement intéressant s’il a pour vocation de passer de « l’économie du bonheur » à « l’éducation au bonheur » ? Vous ne trouvez pas ? Ce qui fait que nous nous sentons bien, en fonction des cultures et des origines socioculturelles, ne devrait-il pas être enseigné dès le plus jeune âge afin de favoriser le bonheur des citoyens ? Eduquer les jeunes générations, par porosité, ne pourrait-il pas se répandre en partie au sein des générations précédentes ? Cela n’aurait-il pas de plus l’avantage de réduire une partie des frais de santé ? Bien-être, bonheur et bonne santé vont facilement de paire. Ce serait donc à la fois bénéfique pour les individus et pour la société en elle-même. Mais peut-être que ce n’est pas ce que désirent vraiment nos politiques et les grands argentiers et industriels de ce monde ! 

Pour terminer, voici quelques-unes des statistiques :

  • Les personnes qui se disent satisfaites ont d’avantages tendance à sourire. Elles vivent plus longtemps et échappent davantage à certains troubles (insomnie, dépression, tentative de suicide, suicide, etc.)
  • Les individus sont plus sensibles à une perte d’un objet qu’à l’acquisition d’un nouveau. Ainsi, une perte de revenue pourra avoir un fort effet négatif lorsqu’une augmentation pourra avoir un faible effet positif.
  • En Europe, plus de 60% des personnes voudraient consacrer plus de temps à leur famille, alors que 20% seulement des personnes aimeraient consacrer plus de temps au travail. Ce désir est particulièrement vif en France, puisque 75% des Français souhaiteraient accorder plus de temps à leur famille.
  • Près de 80% des travailleurs interrogés se disent satisfait de leur emploi et heureux, mais beaucoup souhaitent consacrer plus de temps à d’autres activités et son effectivement plus heureux après le travail.
  • La croissance économique contemporaine, avec son lot de marketing et de tentations, n’aiderait pas les individus à adopter un mode de vie équilibré. Elle les détournerait des activités les plus bénéfiques à long terme, pour attirer leur attention sur des plaisirs immédiats et superciels (télévision, consommation effrénée).
  • Les femmes se disent plus satisfaites que les hommes dans de nombreux pays, mais elle semble également plus touchée par l’anxiété ou la dépression.
  • L’arrivée d’un enfant semble réjouir les femmes et reste sans effet sur le degré de satisfaction des hommes. En revanche, la présence d’enfants plus âgés dans le foyer (1 à 6 ans) aurait un effet négatif sur le degré de satisfaction des hommes et des femmes.
  • Dans la plupart des pays développés, la satisfaction te le bien-être déclarés prennent la forme d’une courbe en U en fonction de l’âge : la satisfaction diminue pour les trentenaires et atteint son minimum autour des 45 ans.
  • La France est le premier consommateur européen de psychotropes et affiche un taux de satisfaction constamment plus bas que ceux des pays voisins similaires : le fait d’habiter en France réduit de 20% la probabilité de se déclarer « heureux ».

Pour d’autres statistiques et les commentaires et analyses de ces dernières, je vous invite à lire cet ouvrage qui se lit rapidement (106 pages de texte). Je trouve les remarques et commentaires de l’auteur plutôt intéressant. Et si vous vous posez la question, je ne la connais pas.

 

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Publié dans Divers et Société

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