Les modules comportementaux biologiques mis en lumière par l’Éthologie 2/4

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2 - Spécificités du schéma de Lorenz-Craig dans l'espèce humaine

Développer un comportement d’appétence revient à « négocier » avec l’environnement. Pour cela, l’animal homme dispose d’atouts majeurs dont certains apparaissent tout juste dans le monde d’autres animaux comme les primates supérieurs par exemple.

Cascade et délégation d’appétence

Chez l’homme, chaque comportement est le résultat de l’enchaînement d’une cascade de schémas de Lorenz-Craig qui sont généralement longs. Les moments de comportement d’appétence sont donc proportionnellement multipliés. Ces phases dans lesquels les apprentissages peuvent s’insérer étant longues, l’animal homme dispose d’une grande faculté d’acquisition (par lui-même) de l’information. D’où, à l’inverse de la plupart des autres animaux, sa grande capacité d’apprendre et de se libérer de la dépendance étroite qui existe avec les programmes génétiques fermés qui conditionnent les autres espèces.

N’oublions pas, comme nous le dit J-C Barrey, que « pour apprendre, il faut que l’organisme soit motivé par une excitation endogène suffisante et qu’il développe un comportement d’appétence à la recherche d’un signal déclencheur (MID) ».

 Lorenz-Craig en Cascade

On peut aussi trouver, dans les phénomènes de groupe, des délégations d’appétence entre les différents membres du groupe à partir de l’excitation endogène de l’un des membres. Cela peut passer ainsi d’un membre à un autre jusqu’à ce que l’acte consommatoire du dernier membre vienne déclencher l’acte consommatoire du premier. Cela est plus développé et de manière complexe au sein de l’espèce humaine.

Delegation d appetence

Des fonctions finalisées au comportement élaboré : un cheminement au travers du cerveau

Les couches II et III du néocortex humain (la couche I ne comprenant actuellement pas de cellules cérébrales) multiplient énormément les possibilités de ses fonctions cognitives. En s’appuyant sur ses capacités associatives, il peut intérioriser une action et la dérouler en imaginant toutes les situations possibles. Pour cela, par ses fonctions sensorielles (recept), il cherche des informations qu’il met en forme au premier degré grâce à ses aires sensorielles (percept). Ensuite il les traite de manière plus travaillée au deuxième degré avec la contribution des aires associatives (concept).

Ainsi, chez l’homme cela fonctionne de la manière suivante : les tendances comportementales sont élaborées au niveau archaïque à partir de la perception d’une tension interne. Elles sont ensuite filtrées et enrichies par le système limbique. Et enfin elles sont traitées au niveau du néocortex avant de déboucher sur un comportement élaboré. Après exécution, ce dernier donnera lieu à une rétroaction positive ou négative. Entre chaque niveau du cerveau, il peut y avoir comportement de recherche et signal déclencheur qui peut amener à des comportements souvent considérés comme extrêmes par notre société.

 La traversee du cerveau

L’accrochage : une synchronisation neuronale entre individus

Huygens, au 18e siècle, avait constaté la synchronisation spontanée de deux balanciers suffisamment semblables posés l’un à côté de l’autre. On appelle ce mécanisme de synchronisation l’« accrochage ». Lorsque la distance augmente ou que les balanciers ne sont pas tout à fait pareils, ce mécanisme d’accrochage peut être plus irrégulier. Les synchronisations seront alors parfois synchrones et parfois indépendantes. À plus grande distance, le couplage disparaît et les deux oscillateurs deviennent indépendants.

Les réseaux de neurone fonctionnent comme des oscillateurs autoentretenus. Et l’activité humaine est liée à ces réseaux.

Les études modernes sur le chaos déterministe ont développé ces notions d’accrochages. Elles ont permis de constater qu’on retrouvait ce phénomène d’accrochage entre des populations d’oscillateurs biologiques différents. C’est ce qui expliquerait la synchronisation des membres des animaux pour leurs déplacements : la synchronisation des membres antérieurs du lapin, celles en opposition de phase de l’animal-homme, la variation de la force du couplage existant entre les membres du cheval qui se fait en fonction de données sensorielles.

Il a aussi été constaté que les couplages neuronaux pouvaient se transmettre d’un individu à l’autre par l’intermédiaire de canaux sensoriels. Ces mécanismes de synchronisation des populations concernent la motricité, le mouvement de l’un entraîne le même mouvement des autres, comme la course ou le galop. On parle alors d’isopraxie. Ils concernent aussi l’affectivité. Lorsqu’il y a ainsi une sensibilité égale entre deux individus d’une même espèce ou d’une espèce différente (homme-chien par exemple) on parle d’isoesthésie. Cette dernière pourrait expliquer l’entente spontanée qui existe entre les autres animaux et les humains dont le fonctionnement est immature au plan intellectuel mais qui est très dominée par l’affectivité, comme c’est le cas des enfants et des handicapés.

Il existe une spécificité actuellement humaine, la possibilité d’accrochage entre les fonctions dites « abstraites ». C’est l’isognosie (la connaissance égale).

Ces phénomènes de couplage neuronaux entre individus se retrouvent notamment dans le fait qu’un animal, tout comme un enfant, qui se met à courir peut entraîner dans son sillage un autre animal (des autres animaux) de la même espèce, un (des) autre(s) enfant(s) (Isopraxie). Ils se retrouvent aussi dans les rires/fous rires, tout comme les pleurs qui peuvent en entraîner d’autres (Isoesthésie). Je me souviens d’un enterrement auquel j’assistais et dans lequel je n’éprouvais aucune tristesse. Je connaissais peu la défunte. Lorsque tout le monde s’est mis à pleurer, je n’ai pu m’empêcher de pleurer comme eux. Sans doute ai-je vécu en cet instant un tel moment. Je n’ai pas d’exemple d’isognosie qui me vienne, en cet instant, à l’esprit. Peut-être que quelqu’un en aura à proposer.

Nous pouvons voir ici que par phénomène d’accrochage, il peut y avoir excitation endogène commune avec comportement d’appétence commun. Le début des phénomènes de paniques n’entreraient-ils pas dans ce schéma ? Aux premiers signes, ce que l’on peut constater, c’est que la majorité des individus se mettent à courir ou à se jeter par terre, même ceux qui ne savent pas ce qui se passe. Ensuite, on peut se demander si l’on ne voit pas certains « profils comportementaux » se dessiner, entre ceux qui ont une maîtrise d’eux-mêmes, ceux qui vont aider les personnes en difficultés, ceux qui écrasent les autres, etc. Et n’y aurait-il pas là aussi phénomène de couplage ? Un individu qui se met à marcher sur un autre individu n’entraînera-t-il pas dans son sillage, par mécanisme de couplage neuronal, d’autres individus dont le profil comportemental est proche ?

Comme dans tous mécanismes, des dysfonctionnements peuvent exister dans celui mis en lumière par le schéma Lorenz-Craig. Quelle forme peuvent-ils donc prendre ? 

 

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