Méthodologie de recherche en éthologie : quel apport pour les sciences humaines ? 4/7

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L’observateur oublié 

L’éthologue, pour ne pas influencer les interactions du groupe qu’il étudie, doit disparaître aux yeux de ce groupe. Son objectif est ainsi de se faire oublier en tant qu’observateur. Pour cela, il doit bien choisir son mode d’observation. Il peut s’installer dans un lieu sans bouger (un hamac par exemple), utiliser une(des) caméra(s) posées en plan fixe, vivre avec le groupe comme le groupe (comme Jane Goodall l’a fait). 

En éthologie, on analyse toujours les vidéos en continue. En fonction de ce qu’on observe et questionne, on pourra utiliser la vitesse normale, l’accéléré ou le ralenti. Le ralenti permet notamment de mieux voir les expressions dans les interactions, alors que l’accéléré peut permettre de découvrir des mouvements d’ensemble dans un groupe. 

Ce principe de l’observateur oublié, si je ne me trompe pas, est déjà présent dans certaines méthodes d’observation. Je pense ici, notamment, à l’observation participante dans laquelle le chercheur s’insère dans la vie et l’activité du groupe qu’il étudie, l’observant ainsi de l’intérieur, à partir de ce qu’il vit et de l’expérience qu’il est en train d’expérimenter. De fait, faisant partie du groupe, il se fait oublier. On retrouve aussi cela chez les membres praticiens du chercheur collectif d’une recherche-action. Et c’est, me semble-t-il, la même chose lorsque l’on se met à observer un groupe en action, un terrain spécifique. Lorsqu’un observateur reste dans son coin sans créer d’interaction avec le groupe, très vite ce dernier n’y fera plus vraiment attention. Mais est-ce pour autant une posture volontaire dans la recherche ? Je dois avouer, que je ne sais pas trop. Mon impression est que non car c’est la première fois que j’en entends parler. Mais peut-être est-ce uniquement parce que ça n’a pas été abordé dans le cadre universitaire par lequel je suis entré dans la recherche.

En tout cas, avoir en tête le fait de se faire oublier afin de réduire tout effet possible de notre présence sur le terrain et donc ce qu’on observe me semble essentiel. Peut-être est-ce parce que c’est une évidence qu’on n’en parle pas. Mais peut-être pas. 

La posture du chercheur en sciences humaines me semble, est de manière générale plutôt péricentrée et égocentrée. Lorsque l’on n’en est pas issu, le manque de temps, de moyens permet-il une connaissance suffisante du monde propre du terrain étudié ? Il me semble que non. Alors, la posture allocentrée (dont j’ai parlé précédemment) est-elle possible ? Peut-être par à coup, et encore… mais sûrement pas régulièrement. Cela ne vient-il pas interroger tous les spécialistes de telle ou telle culture dont la connaissance de ces dernières, souvent, est avant tout intellectuelle et extérieure, et non pas expériencielle ou fruit d’une observation suffisamment longue qui permette l’intégration du monde propre concerné ? Cela ne devrait-il pas nous interroger sur nos propres travaux et surtout nous appeler à nuancer et relativiser nos propos avec toutes les réserves de rigueur que cela impose ? Ne sommes-nous pas souvent trop présomptueux à affirmer nos idées, approche et compréhension comme si c’était des vérités ? En fait, cela n’inviterait-il pas à plus d’humilité dans la recherche ? 

Découvrir le schéma de Lorenz-Craig, mettre les pieds dans les différents étages de fonctionnement de nos organismes et investir la neurologie et la neuropsychologie aura ouvert une interrogation sur nos observations de recherche et nos analyses. Que disent-elles de nous et de nos dysfonctionnements biologiques intérieurs ? Que disent-elles de la régulation et de la dérégulation de notre homéostasie ? Que disent-elles de notre Umwelt personnel, de notre monde propre personnel, tout comme de l’umwelt au sein duquel nous menons notre recherche ? Et surtout, en quoi cela peut-il influencer nos observations et nos analyses ?

 

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Publié dans Divers et Société

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