Portable : dépendance et désintoxication…

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À quel point sommes-nous donc aliénés et dépendant de nos téléphones portables ? Quel sens cela a-t-il ? Qu’est-ce que cela peut dire de nous ? 

Il y a environs trois semaines de cela, je suis sorti en oubliant mon portable chez moi. C’est en m’arrêtant pour déjeuner chez un traiteur asiatique que je m’en suis rendu compte. Ma première sensation a été celle d'une absence, quelque chose qui n’était pas là. C'était comme si j'étais coupé du monde. Quand on y réfléchit, n’est-ce pas absurde alors qu’il y avait d’autres personnes chez le traiteur et que la rue, dehors, grouillait de monde ? Ma deuxième sensation fut de me sentir libre, tranquille. 

Ressentir cela m’a renvoyé des années en arrière, à l’époque où le portable n’existait pas encore, ainsi qu’aux moments de mon premier portable. En cet instant, sans portable, j’étais soudainement avec moi-même sans aucun risque de perturbation extérieure.

Et vous, qu’est-ce que cela vous ferait si vous sortiez sans votre téléphone lors d’une journée habituelle[1] ?   

Le téléphone portable nous relie aux autres mais ne nous coupe-t-il pas, en partie, de nous-mêmes, du vivant et de ce qui nous entoure ? 

Telephone portableAvec nos portables, nous sommes joignables à tout moment et n’importe où, nous communiquons par sms, nous consultons nos mails, nous nous connectons à internet où que nous soyons, nous restons connectés à nos réseaux sociaux, nous écoutons de la musique, voire nous regardons des films, etc. Autant d’activités qui accaparent notre temps, qui nous monopolisent. Vous ne trouvez pas ? Combien de personnes sont dans les transports leur téléphone à la main, le consultant ou attendant un hypothétique message ou appel ? Combien de fois peut-on croiser des personnes marchant côte à côte, l’un ou les deux étant au téléphone ? Combien de fois un moment à plusieurs est interrompu par un appel ou un message auquel l’un des participants répondra ? Combien de personnes seules à un café peut-on voir concentrer sur leur téléphone ? Combien de fois par jour consulte-t-on son téléphone ? Combien de fois avons-nous été l’une de ces personnes ? Combien de fois avez-vous été l’une de ces personnes ?

Dans ces conditions, peut-on réellement être avec ce qui nous entoure ? Et plus important, peut-on réellement être avec nous-mêmes ? Qu’en pensez-vous donc ? Qu’elle est donc votre propre ressenti ? 

Être avec soi, être avec les autres, être avec ce qui nous entoure, être avec le vivant ne se fait-il pas dans la relation, dans l’attention et dans l’écoute ? Mais ces derniers sont-ils pleinement possibles lorsqu’un fil invisible nous relie en permanence à notre portable, lui donnant la primeur et la priorité de nos réactions et actions ? Peut-on être vraiment concentré sur ce qui nous entoure et celles et ceux avec qui l’on est lorsqu’on a un « fil au cerveau et à l’attention » ?

J’ai la sensation qu’une majorité de personne fait passer en premiers appels et sms et que ce n’est qu’une minorité qui lâche leur portable sans y faire attention en dehors du strict nécessaire[2]. Mais je peux me tromper. Qu’en pensez-vous donc ? 

La dépendance au portable, mais pourquoi donc ? 

Mon premier portable, je l’ai eu dans le cadre professionnel et je ne l’utilisais que dans ce cadre-là. Une fois sortie du travail, je l’éteignais. Puis j’ai pris l’habitude de l’avoir et en ai vu les avantages, notamment pour se retrouver lors de rendez-vous ou pour signaler un accident. C’est lorsque j’ai créé mon entreprise que je suis tombé dans la dépendance, il y a environs 5 ans. À l’époque, j’avais opté pour un Smartphone, professionnellement plus pratique. Pendant 4 ans, j’étais connecté en permanence, sur le qui-vive de la moindre vibration que je pourrais sentir contre ma cuisse, le consultant régulièrement pour voir si je n’avais pas loupé un appel ou si j’avais reçu un sms, traitant mes mails en direct, etc.

Tout cela était-il nécessaire et indispensable ? Je ne pense pas. Avoir une utilisation raisonnée et raisonnable de mon portable aurait-il changé quelque chose ? Je ne crois pas non plus. Ce n’est qu’une question d’organisation. J’ai l’impression que la facilité donnée par les fonctionnalités du portable nous pousse à en faire toujours plus, même là où ce ne serait pas indispensable, voire pas nécessaire du tout. C’est comme une course en avant dans laquelle on se laisse prendre et qui nous aspire sans nous laisser la possibilité d’en sortir. La pression extérieure est trop forte et le toujours plus vite empêche tout recul. 

Il existe aussi une compensation psychologique dans la possession et l’utilisation de portable. Compensation qui passe par le statut et l’image que cela peut donner de nous. Ce n’est pas la même chose d’avoir un téléphone classique ou un smartphone. Ce n’est pas la même chose d’avoir un Nokia, Un Blackberry ou un Iphone, cela vous pose différemment.

Il y a un an de cela, alors qu’on était sur la route, je ne savais pas trop comment utiliser l’IPhone de mon frère et son gps intégré. Il m’a alors fait remarquer, avec un petit sourire, que ce serait bien que je sache, comme si je n’étais pas à la page et que ce n’était pas normal. Mais est-ce indispensable pour vivre ! Est-ce essentiel de savoir utiliser un IPhone ?

C’est vrai que les smartphones permettent aussi de rester connecter avec le monde et l’actualité. Mon frère avait des alertes boursières et concernant l’actualité sur son IPhone. J’imagine qu’en cette période de Jeux Olympiques certains ont mis des alertes sportives et que d’autres pourraient y mettre des alertes concernant la Syrie ou autre actualité les intéressant ou les touchant. Mais qu’est-ce que cela apporte réellement d’autres que de les mettre dans une situation d’alerte permanente où ils ne lâchent jamais prise ? Est-il vraiment indispensable et important de tout savoir immédiatement ? Durant des siècles les humains ont vécu sans savoir immédiatement ce qui se passait au-delà de ce qu’il pouvait voir et entendre, et ils ne s’en portaient pas plus mal pour autant. 

Toutes ces fonctionnalités qui nous sont proposées ne nous servent-elles pas à nous occuper, à nous éviter de nous retrouver avec nous-mêmes ? Je me souviens d’avoir observé à différentes reprises, dans des bars ou des fast-foods, des personnes qui passaient leur temps au téléphone. Une fois l’appel terminé, je les voyais pianoter sur leur téléphone avant de passer un nouvel appel. Ils passaient ainsi d’appel en appel, cherchant quelqu’un d’autre à contacter s’ils n’avaient pas de réponse du précédent. C’était comme si ces personnes ne pouvaient rester seules avec elle-même, comme s’il n’y avait rien à observer autour d’eux, rien d’autre à faire. Quel sens cela a-t-il de vouloir être en relation avec les autres pour ne pas être en relation avec soi et ce qui nous entoure dans le moment que nous vivons ?

Comment faisions-nous donc avant ? Il y a vingt ans, alors que les téléphones portables n’existaient pas et qu’il était plus difficile de se joindre, n’étions-nous pas plus avec nous-mêmes et les autres. Ne nous contactions-nous pas (généralement) à des fins précises et non à tout bout de champs comme ce peut être le cas maintenant ? Les coûts des communications de l’époque étaient plus importants et la technique était limitée, nous faisions plus attention, du moins pour la majorité des personnes. Cela ne nous permettait-il pas d’être plus avec les autres et d’être plus dans ce que nous faisions ?

N’y a-t-il pas bien des situations où nous sommes avec les autres sans y être vraiment, concentré que nous pouvons être parfois sur notre téléphone ! Cela ne vous arrive-t-il pas parfois, voire régulièrement pour certains ? 

Se désintoxiquer du portable et de son utilisation 

J’étais donc devenu dépendant de mon smartphone sans le savoir et sans en avoir conscience. Vint le jour où j’ai arrêté mon entreprise. Mais je n’en ai pas pour autant arrêter mon utilisation de mon smartphone et ma dépendance. Certes, j’avais moins de messages et d’appels à traiter, mais je continuais avec mes mails tout comme à le consulter régulièrement, alors que je n’en avais plus vraiment l’utilité. Au bout de quinze mois, j’ai commencé à réaliser que c’était absurde. Quel sens cela avait-il ? Plus je me posais la question et plus j’y réfléchissais et moins j’en trouvais. Mais les habitudes sont tenaces, elles ne sont jamais faciles à perdre. Ce n’est qu’il y a 6 mois que j’ai décidé de laisser mon téléphone dans mon sac à dos et de ne plus l’avoir dans ma poche. Ne pouvant plus le sentir vibrer (je ne mets jamais de sonnerie), je ne devenais plus immédiatement joignable, par contre je continuais tout de même à régulièrement regarder mes mails et à en envoyer. Par chance, il y a trois mois l’écran de mon smartphone est mort. Plutôt que de le faire réparer, je l’ai remplacé par un téléphone classique sur lesquels les mails ne peuvent arriver en direct. Du coup, je ne les consulte quasiment jamais plus et n’en envois plus. J’ai ainsi, petit à petit, perdu l’habitude d’utiliser mon portable, me libérant ainsi de l’empreinte qu’il avait sur moi. 

Je n’aurai pas vécu cette phase de désintoxication, je ne serai sans doute jamais sorti sans mon téléphone l’autre jour, ce qu’il m’arrive de faire volontairement parfois maintenant, et ce post n’aurait pas existé. Cette sensation de se sentir plus libre et plus en relation avec ce qui nous entoure est si agréable… tout comme de ne plus être systématiquement joignable. Indirectement, ça renforce la présence à soi. Mon portable est maintenant redevenu un simple outil utile dans son utilisation la plus basique : téléphone et sms, sans plus, ce qu’il n’aurait jamais cessé d’être. Avons-nous réellement besoin de plus ? 

En étant en permanence connecté à celles et ceux que l’on connaît, à l’information, au monde, n’est-on pas de moins en moins en relation de qualité avec ce et ceux qui nous entourent, en commençant par nous ? 

Trop de possibilité de communication

ne tuerait-il pas en partie la relation à soi et à ce qui nous entoure !

 


[1] Je parle d’une journée où vous n’êtes pas en et susceptible de rompre momentanément vos habitudes.

[2] Il est évident qu’il nous sera nécessaire de consulter nos portables de temps en temps si on a des enfants en bas âge, un proche malade ou que l’on est sur un projet professionnel important avec des urgences.

 

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<br /> Moi-même accro à mon smartphone, je regrette que les<br /> hypermarchés m'inondent d'emails, textos et sms commerciaux pour faire de la publicité sur leurs soldes ou leurs fin de série. Comme quoi, l'addiction a un prix !<br />
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