Construisons-nous notre savoir ?

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Il y a environs une semaine j’ai assisté au séminaire de clôture d’une formation de formateur diplômant organisée par les stagiaires. L’un des intervenants, qui nous parlait de la formation et du formateur à affirmer que le savoir ne se construisait pas en formation. Comme il existe, on ne peut le construire. 

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement, j’ai du mal avec cette affirmation, j’aurai d’ailleurs tendance à penser le contraire. 

Photos-articles 2051Certes, il existe le Savoir avec un grand « S » qui réunit toutes les connaissances existantes de manière générale mais aussi sur des domaines précis. Un Savoir qui est construit par l’évolution des recherches existantes.  Mais qui est aussi mouvant et changeant, chaque découverte le faisant évoluer et parfois le remettant en question. Un savoir, enfin, qui n’est universel. Il n’y a qu’à voir les batailles d’experts existant sur un même sujet. Si le savoir était universel et reconnu par tous, pourrait-il y en avoir ? Je ne le pense pas, ces batailles n’auraient pas de sens. Vous ne trouvez pas ?   

Il est évident que ce Savoir ne se construit pas en formation. Par contre, notre propre savoir à chacun ? Qu’en est-il ? Ne le construisons-nous pas à partir du Savoir général ? Chacun d’entre nous, face à une connaissance que nous découvrons, que ce soit par une lecture, une émission (télé ou radio),  ou un documentaire, ne nous l’approprions-nous pas par rapport à nous-mêmes, à notre savoir existant, à nos croyances, à  nos appréhensions et craintes et parfois à nos cultures ? En agissant ainsi ne construirions-nous pas notre propre Savoir ? Et ne serait-ce pas, d’ailleurs, l’une des meilleures manières de se l‘approprier ? 

Alors, oui, nous pouvons nous tromper dans notre propre construction. Mais le formateur, l’enseignant, sont là pour encadrer notre construction afin qu’elle soit le plus juste possible et en rapport avec les théories existantes. Et je dis bien les théories existantes… Mais pourquoi, dans cette phase de coconstruction et d’autoconstruction de notre savoir, ne pourrions-nous pas émettre nos propres hypothèses par rapport à ce qui nous est enseigné ? Pourquoi, n’aurions-nous pas le droit de voir les choses autrement, à condition de reconnaître que nous proposons autre chose ?  Après tout, l’enseignant/formateur ne maîtrise pas toujours l’ensemble des théories existantes et notre hypothèse peut correspondre à une connaissance qu’il n’a pas sur le sujet. Et puis même si c’est une hypothèse jamais proposée, est-elle pour autant absurde ? Peut-être ou peut-être pas. Si elle est bien construite et qu’elle prend du sens, pourquoi ne pas l’entendre et en accepter l’éventuelle possibilité ? Ce n’est pas parce qu’elle n’existe pas pour le moment qu’elle ne pourra pas être une réalité plus tard. Ce n’est pas parce qu’elle n’est pas officiellement présente qu’il n’y a pas quelqu’un dans le monde qui mène une recherche dessus. Ce n’est pas parce que l’on n’est pas estampillé chercheur avec un doctorat ou un diplôme adéquat que nous ne pouvons bien penser et avoir des idées, des compréhensions et/ou des intuitions innovantes.

Alors, ne peut-on avoir notre propre savoir ? Ne peut-on avoir notre propre pensée construite à partir de notre entendement des Connaissances et du Savoir que nous aurons étudiés ? 

Affirmer ainsi que l’on ne construit pas notre savoir, ne serait-ce pas, dans un certain sens, nous cantonner au rôle d’assimilateur des connaissances des autres sans réflexions intérieures ? Comme si nous devions prendre et accepter les yeux fermés ce que l’on nous dit et ce que l’on nous donne. Ou plutôt ce que nous disent et nous donne ceux qui se posent comme des Maîtres détenteurs du savoir devant nous qui en savons moins si ce n’est peu (pour eux…) 

Certains me diront qu’il y a des connaissances générales avérées à découvrir et à savoir pour bien discuter ou travailler sur un sujet, et c’est vrai. Mais n’est-ce pas à partir de ces connaissances que nous construirons notre propre savoir ? Ils pourront aussi me dire qu’en formation et aussi dans l‘enseignement, on nous demande d’acquérir des connaissances spécifiques telles qu’elles pourront nous servir professionnellement. Et là aussi, ce n’est pas faux. Mais encore une fois, cela nous empêche-t-il de construire notre propre savoir à partir de cela ? En sera-t-on moins compétent et moins efficace ? Je ne pense pas. J’aurai même tendance à penser le contraire. Qu’en pensez-vous, vous ? 

Le Grand Robert définit le nom « savoir » comme « Ce que l'on sait ; ensemble de connaissances assez nombreuses, plus ou moins systématisées, acquises par une activité mentale suivie. » Cette définition ne montre-elle pas en elle-même que le savoir est d’abord une question individuelle ? Mais une question individuelle qui devient globale de par nos échanges et du fait que nous sommes des animaux sociaux qui vivons ensemble et qui avons besoin des uns et des autres pour vivre et survivre. 

Je pense que nous construisons notre propre savoir avec et par les autres et nous-mêmes, ainsi qu’avec et part l’évolution des Savoirs et des Connaissances. 

Et dans nos processus éducatifs, à tous les âges, des petites classes aux études supérieures et aux formations d’adultes, ne serait-il pas intéressant et bénéfique d’y intégrer une part de coconstruction et d’autoconstruction du savoir et des connaissances ? Ne serait-il pas intéressant et bénéfique d’y ajouter cette dimension ?

 

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Publié dans Education

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