Un retour du féminin… pour un nouvel équilibre…

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Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les cultes et déifications patriarcales dominaient l’espèce humaine depuis environs 4000 ans ? Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi, de manières générales, la femme et les qualités féminines avaient été écrasées, dans l’ensemble des cultures, par l’esprit guerrier et la voix de la force qui sont si masculins ? Ne vous êtes-vous jamais posé ces questions alors que le premier culte, qui fut aussi le seul culte universel de l’histoire de l’humanité, fut celui de la Mère et de la fécondité ?  

Ce sont des questions que je me pose depuis longtemps. Et plus le temps avance, plus je fais d’expériences et observe l’actualité, plus, comme d’autres, je trouve que l’Humanité  et nos sociétés souffrent d’un déséquilibre entre qualités féminines et qualités masculines. Ne le trouvez-vous pas flagrant dans nos Sociétés, nos fonctionnements, nos institutions, nos organisations, l’Education, etc. ?

Les qualités principalement masculines – la force, la conquête, la domination, l’agressivité, – ne guident-elles pas nos fonctionnements (entreprises et états) depuis longtemps alors que les qualités féminines – la sensibilité, l’intuition, l’aimance et la coopération, la mesure – ont tendance à ne pas être valorisées (en dehors de la famille), voire être considérées comme des faiblesses dans le monde des hommes, donc dans le monde du travail ? N’oublions pas que pendant des siècles, le monde du travail était un monde masculin, les tâches ménagères et l’éducation des enfants n’étant pas reconnue comme un travail, comme une tâche productive en soi (comme c’est encore le cas de nos jours d’ailleurs mais avec une moindre mesure dans certains pays).

 

Vous avez remarqué que je parle de masculin et de féminin. En effet, tout individu est constitué d’une part féminine et d’une part masculine plus ou moins grande. Peut-on dire qu’il y a plus de féminins chez les femmes et plus de masculin chez les hommes ? Peut-être, et sans doute, mais je me demande si c’est à une grande majorité. Il existe beaucoup d’hommes où les qualités féminines sont présentes et beaucoup de femmes qui ont de fortes qualités masculines. Seulement, dans un monde d’hommes, il n’est toujours pas bon de trop mettre en avant ses qualités féminines si l’on veut être considéré et pas vue comme un faible ou « une chochotte », même si cela à tendance à évoluer. Je ne sais pas si c’est la même chose dans un monde de femme, mais j’ai l’impression qu’elles sont moins juge en la matière que les hommes, qu’elles sont plus tolérantes.

 

Combien de femmes ne préféraient-elles pas plus travailler et moins s’occuper des enfants et du foyer ? Et combien d’hommes ne préféreraient-ils pas l’inverse ? J’en ai rencontré… Des deux bords… Et là, il n’y a pas de questions de compétences, mais uniquement d’écoute de soi-même, de pouvoir suivre ce que l’on ressent au fond de nous, ce que l’on est et ce qui nous correspond.

 

Comme le montre très bien Françoise Gange dans sa recherche, « depuis le monde de Sumer (-3000 av. JC), l’ensevelissement du féminin de l’humain a été une grande constante historique et idéologique » (Avant les Dieux la Mère universelle). Un ensevelissement qui a favorisé la domination des hommes sur les femmes, pour ne pas dire leur écrasement par ces derniers. Une situation que la biologie aura favorisée, mais peut-être aussi, en partie provoquée.

 

Tout d’abord par cette spécificité féminine que sont les menstrues. Quel était donc le rôle et la place des menstrues féminines à l’époque du culte féminin ? Il me semble évident que les menstrues féminines ne pouvaient qu’être associées au don de vie. Par ailleurs, dans de nombreuses cultures, le sang était sacré. Alors, du fait du mystère les entourant, pendant longtemps et encore dans certaines cultures claniques, les menstrues ont été sacrés comme Michel Boccara nous le décrit dans La part animale de l'homme. Cela n’aurait-il donc pas représenté une valorisation « naturelle et biologique » de la femme que l’homme n’avait pas ? Ne serait-ce pas une raison qui aurait pu amener l’homme à en faire un objet de honte comme ça l’est devenu, il y a longtemps, dans certaines cultures dominantes (occidentales, moyen-orientales, asiatiques). En faire ainsi un objet de honte n’aurait-il pu représenter un des moyens de l’homme d’asservir les femmes ? Il y a aussi cette hypothèse de Luc Richir : « L'homme n'a pu déterminer son identité qu'en la calquant sur le pouvoir qu'il imputait à la femme, et en s'ajustant sur le parallélisme des rythmes vitaux féminins (dont les menstrues) avec le mouvement des astres ainsi que sur le pouvoir d'inverser en vie sanguinolente la mort infligée par le prédateur. » (Donner, recevoir, rendre. L'erreur de Cook. Anthropologie du délire occidental).  Pour simplifier, verser le sang en donnant la mort en réponse au sang versé par les femmes pour donner la vie. Et lorsque l’on s’octroie le rôle de « donneur de mort », n’est-ce pas une possibilité  d’imposer un pouvoir sur celles dont le rôle biologique  est de « donner la vie » ?

 

Ensuite par la fragilisation de la grossesse. Durant cette période,  toute femme se retrouvait d’une part dépendante de la protection de l’homme, et d’autre part elle pouvait en mourir. Comme nous l’explique Boris Cyrulnik (lors d’une conférence sur la résilience), avant les années 1940, l’espérance de vie des femmes était, de manière générale, inférieure à celle des hommes. En effet, elles mourraient plutôt jeunes (36 ans d’après la datation des os) avec en moyenne 13 grossesses et 7 naissances.  Alors, si c’était déjà ainsi au XIXe siècle, qu’est-ce que cela pouvait être des milliers d’années plus tôt ? N’y avait-il pas là une source de pouvoir et de domination dont les hommes ont pu se saisir contre les femmes ?

 

Mais cela a heureusement changé, petit à petit, avec la découverte de la contraception et les progrès de la médecine et l’évolution de la société occidentale. Ne pensez-vous pas, d’ailleurs, que la contraception est la plus grande découverte de tous les temps ? N’a-t-elle pas libéré la Femme du joug de la grossesse, de l’enfantement sans contrôle et de l’obligation de procréer ? Cela ne lui a-t-il pas permis de se libérer de la domination masculine en lui permettant de devenir indépendante ? N’a-t-elle pas aussi permis un retour du féminin ? N’a-t-elle pas permis aux femmes d’enfin pouvoir montrer et parfois imposer leur valeur et leur potentiel ? N’a-t-elle pas permis de montrer que les femmes n’avaient rien à nous envier et que sur bien des domaines elles pouvaient être nos égales si ce n’est meilleur ? En ce qui concerne l’entreprenariat,  des études suggèrent que les femmes créent en général des entreprises plus petites, mais relativement plus viables que les hommes. Elles sont également considérées comme plus prudentes que les hommes et plus conscientes du risque d’échec. Cela ne devrait-il pas nous permettre d’essayer d’aller vers un nouvel équilibre entre féminité et masculinité ?

 

L’indépendance que la contraception a donnée aux femmes n’est-elle pas une révolution en soi ? Mais une révolution qui chamboule, qui perturbe, qui déstabilise.  La crise identitaire des hommes qui ont du mal à s’adapter à cette nouvelle réalité et à trouver leur nouvelle place auprès des femmes n’en est-elle pas le reflet ? Alors, à condition qu’hommes et femmes, ensembles, arrivent à asseoir les nouvelles places qu’implique cette révolution, cela ne représenterait-il pas un bien pour l’humanité ? Et qui sait, peut-être son salut ! Notre esprit de conquête, si masculin, ne serait-il pas une des causes de la surexploitation inconsidérée des ressources de la planète et de l’extermination de bien des espèces ?

 

Mais dites-moi ? Que pensez-vous de tout cela ? Quel que soit votre genre, ressentez-vous plus de féminité ou plus de masculinité en vous ? Laissez-vous plus s’exprimer votre féminité ou votre masculinité ? Ou cela dépend-il des situations, sans règles ni habitudes ? Vivez-vous bien, au milieu des autres, ces expressions ou non-expressions de votre féminité et de votre masculinité ? Dans votre vie professionnelle, relationnelle,  familiale, dans votre couple ? Qu’est-ce que cela vous apporte ou vous enlève ?

 

S’interroger ainsi sur son équilibre/déséquilibre interne féminin/masculin n’est-il pas une autre manière de se découvrir ? Et ne serait-ce pas aussi un chemin pour se rapprocher des autres et éventuellement de mieux les comprendre ? Cela ne pourrait-il pas non plus, pour certaines et certains, apporter un possible mieux-être ?

 

 

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Publié dans Au nom des femmes

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ghis 02/08/2016 15:55

N'y aurait-il pas dans l'histoire de l'Humanité, un moment où la Femme serait apparue justement comme supérieure, plus habile, plus juste plus humaine, amenant l'homme à trouver tous les moyens de la contrôler une bonne foi pour toute. Personnellement je ne sors qu'avec des femmes plus travailleuses et plus sérieuses que moi, je les admire pour leur persévérance, leur intégrité, leur énergie (c'est là que mon rôle intervient par transfert sensuel, rires). Une foi rechargées leurs batteries, elle repartent à la guerre (sociale). Elles sont fortes

David LAMBERT 03/08/2016 13:40

Je suppose qui'l y en a eu en des micropoints de la Terre et du temps, ainsi que certains espaces de nos sociétés, et à l'époque des cultes de la mère nature...