Méthodologie de recherche en éthologie : quel apport pour les sciences humaines ? 6/7

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Les 6 étapes de l’observation (selon Timbergen) 

1 - Une très longue période d’observation pour s’imprégner de l’espèce, devenir l’espèce. Cela passe par l’établissement d’un éthogramme, un répertoire comportemental de l’espèce. (Un programme de recherche en éthologie dure un minimum de 10 à 12 ans). 

Élaborer un répertoire comportemental d’un groupe étudié est une méthode, si je ne me trompe pas, qui existe aussi en sociologie et en psychologie. Par contre la très longue période d’observation est chose impossible, principalement pour des raisons de financements. Alors, bien évidemment, en tant qu’humain, nous n’avons pas besoin de 10-12 ans d’observation d’une autre communauté humaine pour nous imprégner de leur umwelt, c’est certainement long. Mais plusieurs années ne peuvent-elles pas être nécessaires ? Il me semble logique de penser que plus la culture du groupe étudié sera éloigné de la notre plus longue sera la durée d’observation nécessaire. Et de la même manière, plus le chercheur aura une capacité d’absorption et d’intégration d’autres mondes propres que les siens, moins longue sera la durée d’observation. Cela est bien complexe… et ça soulève une interrogation personnelle. Que penser de beaucoup d’ouvrages qui existent et de leurs valeurs réelles ? 

2 - Quel facteur intérieur (corps, biologique) et extérieur est à l’origine du comportement. 

Cette interrogation n’est-elle pas aussi intéressante lors de l’observation de groupes d’humains ? Et si l’on pense ce qui est observé en tant que système, n’est-il pas intéressant de s’interroger sur les facteurs intérieurs et extérieurs qui sont à l’origine de ce qu’on observe ? C’est déjà ce qui se passe dans un certain nombre de recherches existantes, mais est-ce pour autant généraliser et donc systématiquement enseigner ? Il me semble que, malheureusement, non. 

3 - Comment ce type de comportement est apparu chez l’individu. 

4 - Comprendre la fonction de son comportement, sa téléonomie (être dans la conservation de l’espèce) ou sa dystéléonomie (qui va à l’encontre de la conservation de l’espèce). Ca implique l’analyse des comportements téléoloniques, dystéléoloniques et neutres. 

La première fonction finalisée des humains est « la sauvegarde », donc tout ce qui touche à notre sécurité est ce qui passe en premier. La compréhension de la téléonomie et de la dystéléonomie de ce qui est observé ne serait-il donc pas non plus essentielle dans la recherche en sciences humaines ? Regarder en quoi ce que l’on observe est dans la conservation (du groupe, de l’organisation, de ce qui est observé, etc.) ou va à l’encontre de cette conservation ne serait-il pas plein de sens et riche d’informations quand ce n’est pas d’enseignements ? Je ne peux m’empêcher de penser à certaines stratégies observées dans des groupes classes et ce qu’une telle compréhension pourrait en dire. 

5 - Qu’elle est sa phylogénèse, son histoire évolutive, comment c’est apparu. 

Cette interrogation, lorsqu’il est possible d’essayer d’y répondre, n’est-elle pas non plus intéressante à mener ? Qu’est-ce que cela peut dire, quel sens cela peut donner à ce que l’on observe ? 

6 - Éventuellement apporté quelques légères modifications au cadre, à l’environnement (comme des farces) pour vérifier les inductions observées. Elles doivent être légères et discrètes, se confondre avec le biotope de l’animal et surtout ne pas être contraignante. Ca revient a lui permettre de conserver sa liberté de mouvement et de choix.

Ainsi, on ne peut étudier un individu d’une espèce sans connaissance des comportements de l’ensemble de l’espèce. 

En éthologie néoobjectiviste, les études ne doivent pas être directionniste. On étudie l’animal sans savoir ce qu’on étudie, dans son biotope. C’est l’animal lui-même qui va nous guider vers la découverte et la connaissance. Au début, c’est l’observation sans imaginaire. Celle-ci pourra venir rencontrer l’imaginaire par la suite. 

Tout ce vers quoi l’animal nous emmène est à prendre en compte au point de former des écosystèmes que l’on passera son temps à mélanger et trier. On passe ainsi en permanence de l’observation individuel à l’observation d’écosystèmes. 

Au niveau personnel, ces étapes me donnent une grille d’observation et surtout d’analyse intéressante (et peut-être même en partie innovante) pour ma recherche sur le don. Je verrai dans le temps si j’arriverais à l’appliquer et sous quelle forme.

 

 

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Publié dans Divers et Société

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