Les modules comportementaux biologiques mis en lumière par l’Éthologie 4/4

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4 - Le schéma de Lorenz-Craig, et après !  

Ca y est, me voila donc arrivé où je souhaitais arriver. Maintenant que vous avez une certaine connaissance du schéma Lorenz-Craig, réfléchissons donc un peu sur ses implications et ce qu’il peut nous apprendre de nous-mêmes et de certains des fonctionnements de notre société humaine.

Lorsque j’ai découvert ce schéma, il y a quelque temps de cela, ce fut une réelle surprise. J’y ai immédiatement vu un certain nombre de possibilités et d’interrogations. Je vais présenter certaines de celles-ci sans pour autant les développer, histoire de laisser à chacun aller plus loin au travers de son propre chemin. 

Ce qui m'a interrogé en premier, c'est moi-même.

Quel intérêt à essayer de comprendre ses comportements au travers du schéma Lorenz-Craig

Qu’est-ce que le schéma de Lorenz-Craig peut donc venir interroger chez nous ?

Je me suis lancé dans ce blog en continuité de mon premier livre d’envergure, Devenir auteur de sa vie, mais aussi parce que j’aime partager. Ce sont les raisons conscientes que je me donne. Mais n’y aurait-il pas d’autres raisons plus profondes ? Alors que j’écrivais cet article, une interrogation m’est venue : quelle est donc l’excitation endogène à la source de la création de ce blog, mais aussi à la source de mon plaisir de partager ? Ce plaisir de partager serait-il une régulation adaptative qui activerait mon circuit neurologique de la récompense (le MFB) ? Dans cette activité, suis-je en champ détendu ou en champ tendu ? Quelle fonction finalisée cela vient-il titiller ? De quelle tension est-il issu ? J’imagine que cela dépend peut-être des thèmes que j’aborde dans les articles. Ou peut-être pas… peut-être est-ce plus profond… who knows ?

Cela m’interroge sur le moment, et en même temps, est-ce si important que cela de le savoir ? J’aurai tendance à dire oui et non. Et vous ? Qu’en pensez-vous donc ?

Non, parce que si ça ne me fait pas de mal et que j’y prends plaisir, pourquoi devrais-je me casser la tête avec ça ?

Mais aussi oui, parce que si cela relève d’une pathologie adaptative née d’une tension forte en champ tendu, ne serait-il pas intéressant de savoir (pour ne pas dire préférable) s’il existe un risque d’évolution en pathologie destructive ? Dans une visée préventive, il peut donc être préférable de creuser.

Maintenant, en tant qu’humain, est-il si nécessaire que cela de vivre sans pathologies ? Pour les pathologies adaptatives sans risque de passage en pathologie destructive, on peut se le demander. Pour les autres, il semble évident qu’il est préférable d’arriver à ne plus/pas en avoir, même si c’est loin d’être évident. Car dans ce monde transformé selon notre bon vouloir et notre imaginaire, gouverné par les pulsions et tensions de certains, est-ce si évident que cela ?

Le schéma de Lorenz-Craig me semble être une clé de compréhension de soi-même et d’autres choses, qui peut aider à s’améliorer. Regardez donc la pyramide de Maslow.

La pyramide de Maslow contredite par le schéma Lorenz-Craig

Vous souvenez-vous de la pyramide de Maslow ? La voici pour rappel.

 Maslow

Le premier besoin de Maslow, comme vous pouvez le constater, correspond aux pulsions/besoins du troisième et du quatrième niveau de tension nerveuse, la « subsistance » et la « récupération ».

Son deuxième besoin, correspond à la « sauvegarde », le premier niveau de tension nerveuse. Le niveau deux, la « relation », est présent dans les troisièmes et quatrièmes besoins de Maslow.

Je n’avais jamais vraiment remis en question la pyramide de Maslow, acceptant la primauté de nos besoins primaires de subsistance. Je partais du principe que si on n’assouvit pas ces derniers, nous ne pourrons vivre. Mais quand nous y réfléchissons un instant, peut-on se nourrir, boire, avoir des rapports sexuels, se reposer, lorsque l’on se sent insécurisé, lorsque l’on est dans l’insécurité ? À moins d’être dans une action régulatrice adaptative, peut-on manger quand on a peur ? Peut-on faire l’amour et se laisser à son plaisir quand on a peur ? Combien de dysfonctionnements sexuels sont dus à des peurs de ne pas être à la hauteur ?

Avez-vous remarqué que, chez les humains, les besoins primaires se font généralement avec d’autres (cela commençant à deux) ? Se nourrir, boire, l’acte sexuel, habiter. En dehors des réalités sociales actuelles où l’on peut parfois se retrouver seul, il est plutôt rare de chercher à assouvir ses besoins primaires principalement de manière solitaire (habiter loin de tous et de tout par exemple). Le faire n’est-il pas d’ailleurs le fruit d’un dysfonctionnement personnel, quelle qu’en soit la charge (légère ou lourde) et l’origine ?

Lorsque l’on voit toutes les théories et les travaux qui s’appuient sur la pyramide de Maslow, les enseignements qui y font référence, n’y a-t-il pas de quoi s’interroger ? Beaucoup des comportements de notre société ne seraient-ils pas biologiquement pathogènes, notamment en entreprise et par rapport à la consommation ? Je ne développerai pas cette question, J-C Barrey travaillant sur un livre qui, si je ne me trompe pas, en parlera en partie.

Je suis formateur, et je faisais allusion à Maslow dans la formation de formateur dans laquelle j’interviens, tout comme parfois en IUT. Maintenant, si j'en parle, je vais en parler différemment.

Que peut apporter le schéma de Lorenz-Craig en éducation, en formation et en enseignement

Je suis donc formateur et j’interviens dans une formation de formateur sur l’animation de réunion et de séquences de formation. Un des points essentiels que j’aborde à propos du rôle de l’animateur, c’est celui de sécuriser les participants. Il est censé être le garant de la sécurité des participants afin de permettre et de faciliter la circulation de la parole et des réactions. Quelle surprise cela a donc été pour moi de découvrir que ce point essentiel du rôle d’un formateur/enseignant et de l’animateur d’un groupe était fondé sur une fonction biologique. Ici, nous pouvons voir qu’une réalité inscrite dans la pratique vient prendre sens biologiquement. N’est-ce pas surprenant ?

Mais le schéma Lorenz-Craig ne vient-il pas interroger différemment nos pratiques éducatrices ?

J-C Barrey a écrit dans l’un de ses textes que « pour apprendre, il faut que l’organisme soit motivé par une excitation endogène suffisante et qu’il développe un comportement d’appétence à la recherche d’un signal déclencheur (MID) ». Cela ne vient-il pas interroger notre pédagogie, notre manière de faire ? Qu’est-ce que ce schéma peut dire, voire révéler, des quatre principaux modèles pédagogiques existants ? C’est une question que j'interroge dans l'article "Apprentissage, éducation et pédagogie sous le prisme du biologique".

Que peut révéler du « Don » le schéma Lorenz-Craig ?

Comme vous l’avez peut-être lu, le don (donner-recevoir-rendre) est l’un de mes axes de recherche. Dans mon article L’acte de donner, j’en ai décrit le mécanisme. Lors de mon mémoire de master recherche, j’avais essayé de déterminer le chemin psychologique du mécanisme. Que pourrait donc en dire le schéma de Lorenz-Craig si je descendais au niveau biologique ? Qu’est-ce que cela pourrait révéler de sain et de pathogène ? C’est une question que je vais aborder dans le livre sur le don et ce que c’est de donner sur lequel je prévois de travailler.

Mais déjà un premier angle d’attaque me vient à l’esprit. Alain Caillé a dit que l’on ne pouvait faire le pari du « Don » sans faire confiance, sans faire le pari de la confiance. Je pense qu’il parlait du côté vertueux du don. Or, la confiance ne relève-t-elle pas de la sécurité, donc de la fonction « sauvegarde » ? Ne serait-ce déjà pas un axe d’entrée en recherche sur la question qui serait intéressant ? Qu’est-ce qui fait que l’on peut donner et quelles excitations endogènes peuvent être source de don ? De même, quelles pulsions peuvent donc venir court-circuiter le mécanisme, à quel niveau du cerveau et avec quelles conséquences ? Ces pistes d’interrogations ne sont-elles pas intéressantes en soi ?

Ces questions peuvent être posées et développées dans bien d’autres champs de recherche.

 Le schéma de Lorenz-Craig vis-à-vis du champ psychothérapeutique.

 J’imagine aisément que les informations contenues dans cet article puissent faire écho chez un certain nombre de psys.

Je ne suis pas psy, mais j’accompagne (entre autre activité) des jeunes en difficulté et questionnements personnels. Ce schéma et ses implications viennent éveiller bien des échos en moi et dans mon expérience, sans parler de mes vécus.

N’étant pas psy, et même si j’ai des connaissances dans le domaine, je ne m’autoriserai pas à développer la question, leur laissant le soin de le faire si certains en ont envie.

Autoanalyse au travers du schéma de Lorenz-Craig

La question n’est pas, selon moi, de se changer ou d’essayer de découvrir nos pathologies. Est-ce absolument nécessaire comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ? Non, nous sommes ce que nous sommes. C’est plutôt d’essayer de comprendre nos comportements pour mieux les assumer et les vivres, qu’ils soient positifs ou négatifs. Et si cela fait émerger la prise de conscience d’une pathologie destructive possible, d’une pathologie adaptative limite qui pourrait évoluer en destructive, et bien tant mieux. Il sera alors peut-être possible, et encore temps, de faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard.

Pour cela, une Autoanalyse à partir d’une grille (à créer) peut être intéressante. Et cela d’autant plus que le seuil de production d’une excitation endogène pour telle ou telle fonction est différent d’un individu à l’autre. Il peut être élevé chez certains et bas chez d’autres pour une même fonction. C’est une des particularités qui diffère d’un profil comportemental à un autre.

Prenons l’exemple d’une fonction finalisée sensorielle tel que l’audition ou l’olfaction. Une personne avec un seuil de déclenchement élevé (ce qui correspond à un seuil de sensibilité élevé), supportera souvent mal qu’il y ait trop de bruit dans un lieu ou une odeur trop forte. C’est la même chose pour les fonctions finalisées comportementales.

Une telle grille d’analyse pourrait-elle nous permettre d’estimer nos seuils de production ?

 Le schéma de Lorenz-Craig peut soulever ainsi bien des questions dans bien des domaines et notamment sur nous-mêmes. Traiter ainsi des implications du schéma dans notre quotidien, notre société, notre réalité et nos vécus pourrait être l’objet d’un livre en soi. (Peut-être un jour… qui sait…).

Dans l’immédiat, si cela a du sens pour vous, je vous laisse explorer et interroger ce qui vous parle.

Pour celles et ceux qui s’y lanceront, bonnes explorations et bonnes réflexions !

 

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Publié dans Animal-Homme

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